Santiago de Compostella

Dix jours de marche sur le chemin des étoiles

Introduction

De Saint-Josse à Saint-Jacques : pèlerinage de Compostelle - été 2007

 

Bruxelles le 8/07/07

Mon chemin vers Compostelle a déjà démarré. Même si je suis encore dans le car qui vient juste de partir et qui me mènera de Paris à Bilbao.

Je traverse Bruxelles pour rejoindre le ring. Je traverse cette ville que j’aime passionnément et qui m’a tant donnée. Elle est plongée dans une lumière douce d’été et bat lentement au rythme de son repos dominical. Mais je la quitte aujourd’hui sans remord pour la retrouver avec des yeux neufs, différents, en étant toujours moi-même et pas tout à fait dans le même temps.

C’est pour cela je crois que j’aime les voyages. Ils ont cette capacité de vous faire découvrir une ou des facettes différentes de vous, en vous plongeant dans un autre espace-temps.

Compostelle est un vieux rêve de jeunesse. Depuis quand déjà en avais-je envie ? Je creuse mes souvenirs car celui-ci est tellement imbriqué dans ma légende personnelle que j’ai à accomplir, qu’il est difficile d’en sortir les fils de sa naissance. Légende personnelle ais-je dis ?! Mais oui, bien sûr. Paulo Coelo. Encore lui, lui qui m’avait fait réussir ma première année à la fac, grâce à lecture de « L’alchimiste ». De ce dernier, je suis vite passée à « Compostelle » et son langage symbolique m’avait tellement intrigué que je m’étais promis de voir par moi-même si ce chemin était si mystique et spirituel que cela.

Ce matin, je suis partie de chez ma mère. Après un au revoir mouillant, mon père est venu me chercher pour me conduire à la gare toute proche de Charleroi Sud d’où j’ai pris le train pour Bruxelles où m’a attendu mon bus.

Mon père m’a accompagné jusqu’au quai. Je suis montée dans le wagon et il m’a fait un signe de la main ; en lui rendant son au revoir, une émotion inattendue m’a envahie complètement et je me suis surprise à pleurer. J’ai compris alors, que dans cet au revoir qui ne nous séparera que pour 3 semaines, contient le dernier adieu, celui qui sonnera la séparation définitive.

Comme si mon père avait devinée mes pensées, il m’envoie un sms 5 min plus tard avec ces simples mots : « Je t’aime ».


A Bilbao


J’arrive enfin à Bilbao après 17h de bus (qu’il est parfois dur d’avoir une éthique écolo) dans lequel, j’ai eu la chance de me trouver assise à côté d’un garçon à qui j’aurais bien remis la palme du « gamin-le-plus-sage-en-car-que-j’ai-rencontré ». Le comble, c’est qu’il lisait également un Harry Potter et le même en plus ! Et lorsque nous avons changé de bus à Paris et que nous nous sommes, par hasard encore retrouvé l’un à côté de l’autre, je n’ai pu m’empêcher de lui asséner que nos livres étaient magiques et qu’ils attiraient l’un vers l’autre leur propriétaires. Je crois qu’il m’a pris un peu pour une dingue, mais j’ai quand même vu dans son œil qu’il se demandait si cela n’était pas vrai.

 

Je débarque à Bilbao à 8h du matin. Les explications de Muriel, précises comme d’habitude (ça doit être sa moitié flamande ça !) m’amène à 3 stations de Metro du terminal de bus, à Casco Viajo, dans la vieille ville, où elle m’attend les bras ouvert et le cœur tout chaud (ça c’est pour la moitié wallonne).

 

Pendant 2 jours je découvre Bilbao avec Muriel et ses 2 amis, Arturo et Javier. Il s’agit d’une ancienne ville industrielle mais qui a réussi sa reconversion il y a à présent une dizaine d’années. Je découvre une cité vallonnée partagée par un bras de mer et à la gastronomie flattant largement mon palais à coup de pinchos, tapas basques sur petit pain, dont la spécialité reine est le bacalao al pil-pil, de la morue recouverte d’une sauce indéfinissable à la texture tout à fait surprenante. Je me souviens encore de cette soirée dans la banlieue riche bilbaesque où nous avons dévoré des croquettes au fromage et champignons à coup de cava, le champagne espagnol.

Départ d’Oviedo


Mercredi midi, après un superbe séjour basque, heureusement court pour la taille de mes pantalons, nous débarquons à Oviedo, capitale asturienne où le comité d’accueil laisse un peu à désirer. 5 ou 6 flics dont un à qui j’ai du jeter un regard un peu trop noir, nous demande notre carte d’identité et quantité de questions sur notre présence en Asturies.

Après avoir vérifié, que même si on en avait apparemment la tête, on n’était pas des terroristes basques, ils nous laissent enfin tranquille. On apprendra par la suite, qu’ils recherchaient la petite amie d’un membre de l’ETA en cavale.

Il n’empêche que ce fut une sensation grisante de se sentir, ne fusse-ce que quelque secondes dans la peau d’une personne dangereuse.

 

Nous démarrons notre périple le lendemain matin, le chemin de Saint-Jacques s’offre à nous. D’Oviedo à Compostelle, nous avons à peu près 350 Km à  réaliser en 2 semaines. Nous avons souhaité faire le camino primitivo, le chemin primitif et pas le chemin français, qui au vu des nombreux témoignages sur Internet, est une autoroute en été où les gens se battent pour avoir une place en auberge. Le chemin primitif, lui, moins connu est donc aussi moins bondé. Son nom tient à l’histoire. C’est en effet, au IXe siècle après Jésus Christ, que la légende raconte qu’un ermite du nom de Pélage aurait vu, plusieurs soirs de suite, un champ s’illuminer comme par une étoile. L’évêque ordonne des fouilles dans ce campus stellae et l’on y découvre un cimetière qui contiendrait le corps de Saint-Jacques. Celui-ci aurait, selon la tradition, évangélisé la Galice et se serait fait ensevelir par ses disciples à l’endroit même de sa prédication. Suite à cette découverte, le roi des Asturies, Alphonse II inaugure le pèlerinage de Saint-Jacques, en partant de sa capitale, Oviedo, vers ce fameux champ de l’étoile, Compostella, qui désormais deviendra : Santiago de Compostella. C’est donc à peu prés, le même tracé primitif que nous empruntons en ce mois de juillet de l’an de grâce 2007.

 

 

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1ière étape


Notre première étape, nous emmène à Grado. Une première étape de près de 30 Km ! Après 2 heures de marche, nous tombons sur une petite chapelle qui recueille de nombreux témoignages ou mots d’encouragements d’autres pèlerins. L’un d’entre eux date de début juillet et nous dit en substance que son auteur ne parvient pas à chasser le sourire qui lui remplit le visage malgré la pluie incessante. Nous voyons également passé nos premiers compagnons de voyage, 4 jeunes espagnols sévillans et deux cyclistes. Le paysage annonce la couleur des jours à suivre. L’Asturies est une province magnifique, constituée de petites montagnes très verdoyantes, de sous-bois, de bosquets, de rivières et de landes. Un mélange de paysages suisses et écossais, mais qui n’appartient qu’à cette région sauvage.

Le soleil tape très dur pour cette première étape et nous nous arrêtons dans le premier bar que nous découvrons au milieu de nulle part où le mosto (jus de raisins) bien frappé que je commande me parait meilleur que jamais.

1h de route, nous attend encore  jusqu’à l’arrivée à Grado et je peine à faire les derniers mètres. Mon calvaire ne s’arrêtera toutefois pas tout de suite puisqu’il nous faudra encore 1h pour trouver une pension sur la route principale. Nous arrivons donc mortes au terme de cette première étape et le confort, certes rustique, mais confort tout de même, comparé aux auberges que nous rencontrerons plus tard, vient à point. Commence alors un rituel auquel nous ne dérogerons plus. A chaque arrivée, nous nous empressons de prendre une douche chaude pour enlever la sueur et la crasse de la route, puis vient le massage mutuel de nos pieds, pour terminer enfin par notre lessive à la main et son séchage sur une corde de fortune. Ce petit rituel, quasi religieux, a toute son importance car il nous permet de faire la coupure entre la route et le repos et nous donne la force de redémarrer dans des conditions optimales le lendemain matin.

Grado, comme toutes les autres « villes » que nous rencontrerons en Asturies, est en fait un gros bourg à moitié mort où l’activité principale est l’agriculture.

Hortz et Emmanuel


L’étape du lendemain, nous amène jusqu’à Salas, « ville » de même importance et sera pour nous, l’étape la plus éprouvante du début. Le soleil est encore plus impérial que la veille et nos coups de soleil se font cinglants. De plus, les préliminaires de cette étape semblent avoir été fait pour des chèvres de montagnes, mais sûrement pas pour des êtres humains normalement constitués ! Et comble de la difficulté, nous nous trompons à plusieurs reprises, de nombreux travaux entravent les indications du chemin. Ah oui, les indications ! Il s’agit, la plupart du temps de bornes à la croisée des routes, sur lesquelles figure la coquille jaune stylisée de Saint-Jacques, sur fond bleue. Parfois, il s’agit simplement de flèches jaunes ou encore d’autres fléchages plus originaux.

Nous rencontrerons d’ailleurs plus tard, un allemand qui en réalise la collection photographique.

C’est le pied de la conque qui nous indique la direction. Malheureusement, ce jour là, nous loupons pas mal d’indications, ce qui fait monter le compteur kilométrique à plus de 30, au lieu des 24 annoncés ! Je vous laisse deviner le bonheur à l’arrivée à Salas. Ce jour là, nous nous retrouvons dans une pension et pas une auberge de pèlerins où une simple obole de 3 euros est suffisante.

Après notre rituel habituel, nous descendons avec peine les escaliers de l’hôtel et croisons un pèlerin qui vient juste d’arriver et qui semble se moquer gentiment de nos grimaces. Nous échangeons quelques mots et il nous apprend qu’il vient d’Allemagne et qu’il est sur le chemin depuis près de 3 mois ! Effectivement, il y a de quoi rigoler de nous.

Ce soir là, nous rencontrons 2 personnes : Hortz et Emmanuel. Tous 2 sont partis de chez eux, l’un du sud de l’Allemagne et l’autre de Vendée. On voit les traces du chemin sur leur corps : visages burinés, bras et jambes bronzées, corps minces et regards remplis. Nous parlons beaucoup d’ailleurs ce soir là. Emmanuel nous raconte son périple, sa certitude depuis le mois d’octobre passé de devoir faire le chemin de Saint-Jacques sans en connaître encore la raison précise. Il nous parle de son meilleur souvenir à Bordeaux avec sa marraine qu’il n’avait plus vu depuis très longtemps et avec qui il avait parlé une bonne partie de la nuit.

Hortz lui est beaucoup plus âgé, et il nous parle de son chemin. Il prend des photos tout au long de son périple et les envoie sur son site Internet avec ses commentaires. Nous nous retrouverons d’ailleurs aussi sur son site. Son but ? Aller jusqu’au bout du monde, comme on appelait le cap Finistère au Moyen-âge, l’extrémité occidentale de l’Europe, à 100 Km de Santiago. Son récit est passionnant et surtout sa vision des choses. Il nous dit que sur le camino, il a découvert le système de la vie qui peut se résumer à ceci : « ce dont tu as besoin, tu l’obtiens, lorsque tu acceptes de prendre des risques dans ta vie, de la mettre en jeu, de sortir des cadres et de l’accueillir à bras ouverts. Celle-ci te donne ce dont tu as besoin au moment où tu sembles ne plus pouvoir l’obtenir, que ce soit un repas non prévu, une rencontre inattendue, un endroit pour dormir,… c’est ça le système de la vie et sur le chemin de Saint-Jacques, il se met à portée de celui qui sait lui faire confiance ».

C’est une philosophie qui me parle beaucoup et c’est cette confiance pleine et entière dans la vie qu’il me faut encore apprendre.

Inconscient agité

Le lendemain, Hortz souhaitant nous accompagner, nous lui fixons rendez-vous à 7h07 pour faire le périple ensemble, de Salas à Tineo. Ma nuit fut fort agitée et mes rêves plus puissant et ce, depuis le début du chemin, comme si mon inconscient pouvait ici se libérer plus facilement avec une vie simple, une vie qui va à l’essentiel, marcher, se reposer, rencontrer d’autres personnes, manger et boire. Cette nuit, mon rêve fut plus qu’étrange et effrayant. J’étais dans une villa au bord de la mer. Maman était là, elle était agitée et énervante. Je me couchais après une discussion énergique une fois de plus avec elle et je rêvais que je rêvais ! Très étrange sensation. Je rêvais donc que ma mère et moi étions dotés de pouvoirs surnaturels et nous pouvions sauter de toit en toit dans la nuit chaude. Elle menait cette danse sur les toits de la ville et semblait nous diriger vers la lune pleine qui était majestueuse. J’essayais de sauter une fois de plus sur un autre toit, et de contrôler mon saut, mais en le décomposant, je le ratais en même temps et me réveillait du rêve de mon rêve (donc si vous suivez, je suis toujours endormie) en criant « maman, maman » complètement affolée et en sueur. Je me précipitais alors vers sa chambre comme une folle, voulant voir ce que mon cerveau ne parvenait pas à accepter. A l’entrée de la porte, se trouvait Muriel un peu de côté. Elle me regarda m’approcher et hésiter à rentrer. Elle vint vers moi et tenta de me calmer car je n’arrêtais pas de hurler et de crier le nom de ma mère. Elle m’expliqua alors que maman s’était suicidée et que le corps n’était pas très présentable. Il valait donc mieux ne pas rentrer et garder une image vivante de ma mère. J’acceptais sa proposition et me réveillais en sursaut, cette fois pour de bon, de ce cauchemar. Il était 00h20 et j’hésitais tout de même à téléphoner à ma mère en pleine nuit. Je me persuadais que ce n’était qu’un cauchemar et rien de grave ne lui était arrivé. Calmant mon esprit, je réussis à me rendormir.

Sur la route pour Tinéo, je décide donc de faire tout le chemin avec l’idée que ma mère se renforcera mentalement et physiquement et désormais, elle m’accompagnera dans mon périple.

En route, nous retrouvons Emmanuel qui nous rejoint à plusieurs reprises et nous prenons notre repas de midi ensemble juste avant d’atteindre Tinéo. Là-bas, c’est notre première halte dans une vraie auberge de pèlerins et tout au long du voyage, je ne cesserai d’admirer le magnifique système d’accueil tellement anachronique et en porte à faux par rapport à notre société du fric. En effet, à chaque étape, la ville ou la communauté de paysans dans les bourgs que nous rencontrons, a construit ou utilise d’anciennes infrastructures pour prévoir les « alberges », les auberges de pèlerins où des lits, et des sanitaires rudimentaires, mais relativement propres nous attendent. Nous devons simplement en échange, nous acquitter d’une obole de 3 euros en toute confiance car bien souvent, il n’y a personne pour les récolter. Des produits de nettoyage et brosses sont prévus et c’est aux pèlerins eux-mêmes de respecter et de nettoyer les lieux après leur passage. Il s’agit donc d’une merveilleuse chaîne de solidarité des paysans ou habitants vers les pèlerins et des pèlerins entre eux. Les communautés de villageois perpétuant ainsi l’antique tradition d’accueil des voyageurs d’autrefois.

 

Tinéo nous semble encore plus morte que Grado et Salas et je suis étonnée à chaque fois qu’on puisse trouver une ville plus désespéramment morte que la précédente. Dans notre visite de la ville toutefois, nous trouvons sur la place de l’Eglise un peu d’agitation car l’on célèbre un mariage en grande pompe. Que les mariages espagnols sont kitsch ! Nous voyons le défilé des invités passer devant nous avant de s’engouffrer dans la vieille église : robes sévillanes, dentelles, rouflaquettes à faire pâlir la jeunesse des années 70. A son entrée, 2 musiciens de tambourin et gaitas, cornemuse asturienne, accueillent la noce au son d’une musique traditionnelle. Celle-ci et d’autres indices nous indiquent qu’ici, nous nous trouvons en pays celte.

 

Je passe, pour ma première nuit en auberge, une nuit d’épouvante, vomissant et déféquant toutes matières organiques présentes dans mon estomac. Ce n’est qu’à 4h du matin que je m’endormi, épuisée. Sans doute, était-ce la réaction de mon corps à ce nouveau rythme imposé. Je me vide de tout et commence donc mon chemin le lendemain liquidée mais complètement nouvelle.

Olà Peregrinos !

Notre nouvelle destination est normalement Pola de Alende, mais nous optons pour une séparation de l’étape en 2, puisqu’à mi-chemin, se trouve une auberge dans le hameau de Borros. Et c’est une idée géniale car notre premier jour de pluie est devant nous. Après une matinée fraîche et couverte, les premières gouttes se font sentir à mi-journée et nous nous réfugions dans les ruines d’un vieux monastère. Après cette pause, nous repartons toujours sous la pluie battante. Une fois de plus, je me laisse alors aller à mon autre chemin comme je le nomme. Invisible aux yeux des autres, mais bien vivant pour moi : mon chemin intérieur. Au fil de ma pérégrination, les idées de boulot et autres tracas ont peu à peu laisser la place à un calme intérieur. Ces dernières semaines ont été éprouvantes pour moi. De part mon travail intense, mille choses me trottaient dans la tête. Ici, je me lave le corps et l’esprit de tout et je ne garde que des sentiments apaisants. Je pense à mon couple et mon amour pour ma compagne. Celui-ci est grandissant et se construit jour après jour. Notre complicité s’exprime sur de nombreux points et je m’étonne de mon amour calme et serein. Moi qui rêvais de grandes envolées passionnées, je me retrouve dans une histoire de celle qui dure et qui se base sur une entente réciproque et une compréhension de tous les instants. Je me surprends à m’imaginer vieillir avec elle et veiller l’une sur l’autre dans tous les moments difficiles. Chaque jour, je l’aime un peu plus, d’un amour aussi calme qu’une rivière de campagne, mais aussi puissant que sa lente mais certaine érosion sur le paysage qui l’encercle.

Je la découvre drôle, séduisante, sensuelle, tendre, ses toutes petites attentions de chaque moment de la journée me touche au plus profond de mon être.

 

Voilà les quelques pensées qui parfois me traversent l’esprit lors du camino de Santiago. Mais la plupart du temps, celui-ci est juste envahit par une sérénité reposante, sans question ni tourment. Je me laisse simplement bercé par le chemin, par ces paysages si purs et sauvages, authentiques et déserts. Ils me happent tout comme ces habitants, chaleureux et sans détours.

Pour ces villages vieillissants et dépeuplés, le camino est une aubaine pour les quelques paysans. Peut-être le seul moyen de faire un peu revivre cette région qui semble mourir de la saignée faite à sa population en faveurs des grandes villes. Le pèlerin ici est aimé et choyé. Jamais, on ne le laissera sur le bord du chemin. Les « peregrinos », sont nourris et logés pour presque rien. Lorsqu’ils se perdent, les paysans n’hésitent pas une seconde à les remettre sur le droit chemin. Lorsque les auberges sont pleines, ils les hébergent chez eux. Lorsque les vivres viennent à manquer, ils les nourrissent.

Ces pèlerins, jeunes pour la plupart, sont accueillis avec chaleur et bienveillance par ces habitants vieillissant, un peu comme des grands-parents attentifs envers leurs petits enfants.

Je me souviens en particulier de deux femmes, l’une nous a accueillit sur le chemin pluvieux vers Borros, trempés jusqu’aux os dans son auberge-épicerie-bar-restaurant à grand coup de « Olà Peregrinos ! » en nous touchant avec chaleur. Et où la soupe et la potée asturienne venaient à point sous cette pluie glaciale.

L’autre viendra le lendemain, après avoir passé la nuit dans l’ancienne école du hameau de Borros, transformée en auberge, sur le chemin de Pola de Allende. Je ne sais pourquoi celle-là en particulier m’a touchée. Son petit bar propre et rustique où trônait des vivres pour le voyage et des boites à chaussures aux milles formes et couleurs, respirait si fort cette nostalgie qui me touche. Nous demandons 3 cafés différents, un américano, un con lèche et un solo (un café n’est pas juste un café en Espagne), qu’elle nous prépare dans une vieille machine à café italienne. Pendant la dégustation, elle nous parle un peu de son pays et d’elle-même. Avec pudeur, elle nous raconte que ses 2 filles sont parties à Oviedo comme beaucoup de jeunes car les montagnes asturiennes souffrent, comme nous l’avions remarqué, du vieillissement et de la désertification de la jeunesse. Après une vie dure, dédié à l’agriculture, à sa retraite, elle a repris le bar de ses beaux-parents. Elle nous raconte qu’en hiver, la vie ici est « un peu triste » et qu’en été, grâce au chemin, il y a un peu d’agitation, elle rencontre beaucoup de personnes différentes et depuis 12 ans, elle nous apprend que leur nombre ne cesse d’augmenter. Avant de prendre congé de cette dame au visage de caractère, elle nous propose un souvenir en se rappelant que dans l’un de ces mille petits tiroirs à l’ancienne, elle avait gardé précieusement des cachets de credential. Elle nous en appose deux à chacun d’entre nous dont l’un avec la croix asturienne qu’il semble important pour elle, que nous possédions. Après notre départ de ce petit bar, je me prendrais souvent à penser à elle, cette petite dame perdue au bout de nulle part mais qui chaque été voit passé la jeunesse du monde entier dans son petit café de rien du tout.

 

 

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A Pola

A Pola de Allende, après 2 nuits en auberge, nous décidons de prendre le meilleur hôtel de la ville qui n’est d’ailleurs qu’à 40 euros, ½ pension comprise ! Une fois installées, nous recherchons une connexion Internet et nous avons la désagréable découverte de trouver le seul café-Internet, fermé à partir d’aujourd’hui. Nous nous dirigeons alors dans les bureaux de la municipalité pour trouver une autre solution et tombons sur 2 personnes dans une administration fantôme. L’un de ces fonctionnaires, nous invite gentiment à utiliser leur propre connexion Internet. Il nous emmène dans un bureau qui s’avère être celui du bourgmestre en personne ! Là, nous glanons toutes les informations nécessaires afin de réserver une chambre à Santiago.

En effet, par un pur hasard, nous avons appris en cours de route que notre arrivée qui devrait tomber le 25 juillet, est le jour de la fête de Saint-Jacques ! Incroyable coïncidence mais qui nous impose la prudence de réserver une chambre car nous pressentons la razzia sur la ville en ce jour saint.

 

En  soirée, après un repas beaucoup trop lourd, Muriel prend rapidement congé de Hortz et de moi-même, exténuée par nos 4 jours de voyage. Nous bavardons une heure, débattant de la philosophie, de la vie et notamment de la signification de l’amour. Grande question lancée à près de minuit, à laquelle nous n’ébauchons que des débuts de réponses et qui, comme nous l’apprendrons le lendemain, empêchera Hortz de dormir toute la nuit.

Au milieu de nulle part

Nous passons une courte nuit. Levées à 5h30 du matin, nous partons à l’aube 1h plus tard et voyons doucement la lumière s’imposer. Le paysage du jour, sera pour moi le plus magnifique de notre périple. Essentiellement composée de montée, puisque nous parcourons des cols à plus de 1000 m, nous découvrons toute la beauté de la montagne. Tout en haut du col, nous traversons un ancien bourg assez actif autrefois et aujourd’hui réduit à un ermitage où un homme nommé Santiago vivrait en solitaire au milieu de ces montagnes. Effectivement, nous trouvons de nombreuses traces de vie : potager, maisonnette rustique mais propre et bien soignée avec électricité, voiture et linge à séché. Notre Santiago semble toutefois ne plus apprécier sa vie d’ermite puisque nous découvrons également du linge féminin à sécher !

Après l’ermitage, nous aboutissons sur un plateau qui nous permet de dominer toute la vallée à travers laquelle il nous restera à descendre. Depuis 4 jours, les paysages rencontrés étaient désertiques et sauvages et nous n’avons pour ainsi dire, croisés que quelques vaches et leurs propriétaires. Mais ici, la solitude me prend encore plus fort aux tripes et je ressens tout en haut de cette montagne, l’immensité et la force de la nature. Un sentiment de bonheur intense et pur me surprend alors et un sourire me dévore l’entièreté du visage. Quelle sensation d’amour ! Comme c’est étrange, alors que nous tentions, la nuit passée, de donner une définition de l’amour, voilà qu’ici même, après un effort pénible et devant un horizon immense, je ressens ce sentiment, que dis-je, cette énergie, si puissante et bien au-delà des mots.

Nous entamons la descente promise et en grande forme, je distance mes camarades de quelques mètres. Mal m’en pris, car c’est moi du coup qui aperçois en premier au loin, un énorme Saint-bernard qui semble se figer en me voyant. Me figer n’est pas mon cas, puisqu’à sa vue, j’entame une retraire « légèrement » rapide en sens opposé, à coup de grands signes lancés à mes compagnons et de « holy shit » criés, me semble t’il, très raisonnablement, mais d’après Muriel, avec un volume d’assez belle intensité… après s’être aperçu que ce chien était à peu près aussi féroce que Nicolas, le premier doudou de mes 2 ans, et une fois quitté nos « Belle et Sébastien (ce chien avait un maître) » asturiens, Muriel ne se prive pas pour rigoler en reprennent le récit de ma glorieuse fuite devant ce gros nounous des montagnes. Je dois dire que je ne résiste pas longtemps à ce rappel et nous nous prenons d’un furieux fou rire en plein chemin.

 

Nous arrivons enfin péniblement à la Mesa, petit hameau d’une dizaine d’habitations après pourtant seulement 20 Km d’effort. En effet, Muriel souffre depuis plusieurs jours d’une douleur au tendon gauche qui l’empêche de marcher normalement et peut-être devra elle abandonner le chemin. Quand à moi, je peine à marcher avec ses bottes, puisque nous les avons échangées en cours de route afin d’estimer si elle y trouvait davantage de confort ou non. Pour moi, c’est clair, c’est non ! A la Meza donc, nous trouvons une petite « alberge » d’une dizaine de lits à peine, encore une fois sans hôte et dans l’ancienne école du village.

Après une discussion de plus d’une heure avec Hortz sur ces œuvres photographiques  des différents panneaux d’indication et l’avis expert de Muriel, nous prenons congé de notre compagnon de route de 4 jours qui lui, continuera le chemin jusqu’à la prochaine ville, Grandas de Salime. Je dois avouer en toute sincérité que nous étions ravie de son départ. En effet, 4 jours à rester presque sans arrêt avec un inconnu alors que nous rêvions aussi de profiter de notre couple et de rencontrer d’autres personnes, était un peu pénibles. D’autant qu’autant agréable qu’il était, il n’en était pas moins dépressif. Hortz m’avait avoué la veille, qu’au départ de son chemin, son but ultime était d’arriver au bout du monde, le cap Finistère, pour métaphoriquement nager jusqu’aux Etats-Unis et en clair, s’ôter l’existence ! Mais bien que son fond dépressif soit toujours présent, il avait découvert la force de vie qui traverse le chemin et qui l’avait fait changer d’avis. C’est un type formidable, mais extrême en tout et très inquiet de « rentrer dans la vieillesse avec une âme si jeune ».

Une fois notre dernière cigarette partagée, notre compagnon de route nous quitte pour de bon pour parcourir les 15 Km qui le sépare de la prochaine étape. 3 fous sévillans qui réalisent différentes routes de Saint-Jacques chaque année, nous quitte également et nous nous retrouvons enfin seules dans ce bourg de rien du tout avec seulement une petite dizaine de maisons tout autour de nous, et surtout l’immensité des montagnes asturiennes. Pendant quelques heures, nous goûtons ce plaisir solitaire, Muriel s’abandonnant au rituel journalier et moi, à une petite session d’écoute de ma sélection musicale grâce à la technologie de mon Mp3. Dans ce décor incroyable, l’effet est davantage amplifié et m’imaginant au Palais des sports de Bercy, j’entame un petit concert devant les oreilles trop sensibles de ma moitié horrifiée.

Nous nous installons dans la petite prairie du hameau ou sont planté quelques bancs, et a l’autre extrémité où nous nous plaçons, trône la vieille église adossée à l’arbre centenaire. Tandis que nous écrivons et lisons, 2 vieilles dames viennent s’installer contre les pierres chaudes de l’église pour discuter le coup. Une image d’Epinal de plus, mais qui me plonge dans une plénitude et un calme absolu.

Vers 19h, un jeune couple de valenciennois nous rejoigne dans notre abri du bout du monde et une heure plus tard, un autre couple de retraité français bien sympathique et qui à 60 ans bien tassés,  parcourent le chemin à bicyclette. Apparemment, ils n’en étaient pas à leur premier coup d’essai, puisqu’ils nous expliquent que depuis leur retraite, ils sont des habitués de ce genre d’aventure. Comme nous dira le monsieur en introduction, il n’ont plus beaucoup de temps alors ils se doivent d’en profiter ! Et ils en avaient tout l’air. Quelle pêche et quelle belle leçon d’amour après 40 années passées ensemble !

Le jour de la chaussure coupée

Cette nuit, je la passe mal et je me réveille le lendemain avec un solide mal de crâne. Je prends donc un cachet et mon mal en patience en espérant que ces petits 15 Km devraient être vite avalés. J’avais bien tort…

Je vomis le médicament presque instantanément et nous entamons une fameuse monté vers les éoliennes et par manque d’indications, nous la réalisons une deuxième fois, croyant nous être trompées.

Au sommet de la montagne, nous apercevons à peut-être à 2 ou 3 Km à vol d’oiseau en face de nous, notre destination du jour : Grandas de Salime. Malheureusement, nous ne sommes pas des oiseaux et une descente de 7 Km avec 800 m de dénivelé nous met les muscles à rude épreuve. Nous descendons jusqu’au fond de la vallée où nous découvrons le barrage conçu dans les années 50 afin de noyer la plaine et donc les 14 villages s’y lovant pour amener l’électricité. Notre calvaire ne fait alors que débuter car après une descente vertigineuse, c’est une montée crapuleuse de 6 Km sous un soleil écrasant qui nous mène à Grandas. Ce sera l’épreuve la plus pénible de tout notre périple, tant pour moi que pour Muriel. La difficulté de la montée est amplifiée pour elle par une douleur insupportable au tendon gauche (les tendinites sont légions chez les pèlerins) et pour moi par une migraine tenace. Nous parvenons toutefois à Grandas de Salime, adorable petite ville à l’extrémité occidentale des Asturies où je m’écroule sur mon lit et m’endort d’épuisement pendant que Muriel se rend au centre de soin le plus proche et surtout le seul de cette « ville ». Je me réveille une heure plus tard avec une migraine décuplée qui me laisse dans un brouillard et à demi consciente. Je tente de rejoindre Muriel au centre de soin et avant de m’écrouler sur le sol, elle vient à ma rencontre et me conduit vers ma délivrance. Nous sommes prises en charge par deux dames absolument charmantes, une doctoresse et une infirmière, qui soigneront Muriel et m’administreront par intraveineuse l’anti-douleur tant désirée. Celui-ci me laisse complètement dans les vapes mais la douleur évanouie, et c’est avec une grande gentillesse, une fois de plus, qu’après avoir été soignée avec tant d’humanité, nous sommes reconduite en voiture par le mari de l’infirmière, très préoccupé lui aussi par mon état de santé. Je m’écroule une fois de plus pour une sieste de près de 3 h et me réveille avec une joie incommensurable sans plus aucune douleur mais complètement KO. Nous décidons toutefois de profiter des quelques trésors de la ville et notamment de son étonnant musée ethnographique qui nous plonge dans les savoir-faire et vivre des ancêtres asturiens.

Que de joyaux nous découvrons, au travers d’une scénographie dynamique quoi qu’un peu surchargée, d’une maison du début de 20e siècle, d’une salle de classe, d’un cabinet de dentiste, de médecin. Nous découvrons également les différents outils destinés à la fabrication des sabots, du fromage, du café, de la farine,… que de savoirs ancestraux perdus pour la plupart d’entre nous. Avec la technologie, nous avons échangé notre autonomie contre quelques fils électriques qui nous rendent il est vrai des services non négligeable mais qui en contrepartie, tissent les barreaux de notre prison dorée.

Le soir, nous mangeons très léger après avoir été secouées par nos ennuis respectifs et ne tardons pas à avaler 11h de sommeil afin de récupérer des affres des jours précédents.

 

Le lendemain, à contrecœur, nous décidons de faire l’étape de 26 Km jusqu’à Fonsagrada en taxi. Il s’agit de la première ville dans notre nouvelle région d’accueil : la Galice, déjà le paysage change. C’est avec étonnement que nous redécouvrons la voiture et dévorons en à peine ¾ d’heure ce que nous aurions courageusement réalisé en plusieurs heures !

Nous percevons la difficulté de cette étape sautée, puisque le chemin jongle avec l’A8-4. Muriel se rend compte alors qu’elle n’aurait jamais pu parcourir cela et je dois avouer, qu’encore épuisée de la crise de la veille, s’eut été imprudent à entamer.

Nous arrivons donc à Fonsagrada à midi, fraîche et dispo et surtout avec l’espoir qu’un miracle nous permette de reprendre le camino car dans l’état actuel du tendon de Mu, tout est perdu.

On nous avait renseignées à Grandas, d’un centre de soin plus grand où nous espérions y rencontrer un kiné pour le tendon de ma chère et tendre. Malheureusement, de kiné, il n’y a point, mais le centre nous renseigne sur une autre adresse dans la calle Major. Nous nous retrouvons donc 500 m plus loin, devant un immeuble fraîchement repeint en bleu pétant et qui n’est autre que le cabinet d’une kiné. Fort sympathique au demeurant quoiqu’un peu rude comme d’ailleurs la plupart des gens du cru. Joueuse de foot de surcroît tout comme nous. Comble de chance, elle venait justement d’ouvrir son cabinet la veille ! Pendant qu’elle s’applique à me réparer le tendon douloureux de mon amoureuse, assis dans la salle d’attente, un sentiment de plénitude immense et de reconnaissance me prend si bien les tripes, que j’en ai les yeux humides et prie Dieu de tant de bonheur. Par deux fois déjà, le chemin me fait ressentir cette sérénité si difficilement atteignable dans la vie « normale ».

Après une heure de soin, Mu sort en meilleur état qu’à son entrée et les massages semblent lui avoir fait un bien fou. Pourtant le diagnostique est sans appel : tendinite !

Nous passons ensuite plus d’une heure dans la bibliothèque communale où enfin nous trouvons une connexion Internet.

Sorties de la bibliothèque, nous nous mettons à la recherche d’un cordonnier afin de réaliser un raccourci de sa botte gauche, plus confortable pour continuer à marcher. A la deuxième tentative, nous tombons sur une marchande de chaussures-cordonnier. Nous lui demandons si il est possible d’ « opérer » la chaussure malade et malgré son heure de fermeture proche, elle téléphone à son père pour qu’il rapplique dare dare ses fesses et surtout ses mains de cordonnier. Ce n’est qu’en entendant le mot magique, «pérégrinos » qu’il consent à se déplacer et avec plaisir en plus ! Nous découvrons un homme bourru du même tonneau que sa fille mais plein de chaleur. Il réalise une superbe découpe de la chaussure douloureuse, tant et si bien que ma « crevette » essayant sa chaussure « customisée », sent si bien la différence, qu’elle s’estime d’attaque pour affronter nos 5 dernières étapes ! Nous remercions chaleureusement nos deux nouveaux amis de fortune pour leur service rendu, qui soit dit en passant, voulait nous le faire payer à 3 euros seulement ! Un passage par la messe du soir nous parait aller de soi après le petit miracle de ce jour afin de remercier Santiago de notre prière du matin pour qu’il nous aide à continuer notre pèlerinage, ainsi que les personnes providentielles qu’il nous a mis sur notre route.

 

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Pension de luxe

Le lendemain matin à 7h pétante, boustées par notre chance de la veille et notre manque évident du camino, rongées aussi par la culpabilité d’avoir sauté une étape, nous avalons 35 Km comme si de rien n’était. Fini le tendon douloureux et la fatigue du voyage, nous sommes en état de grâce. Au Km 27, nous rencontrons la fin supposée de cette étape, à Cadavo Baleira. Nous nous arrêtons donc dans un bled pas possible, dans une auberge improbable pour un tel lieu. Il s’agit d’une auberge ultra luxueuse : douches modernes, coin salon, cuisine équipée où depuis la première fois de notre pèlerinage, nous cuisinons : un bon plat de pâtes au thon. En fouillant les tiroirs, nous découvrons le carnet de route de l’auberge où nous lisons les mots d’encouragements et de témoignages des pèlerins nous précédant. Le premier de cette année est du mois de mars et le dernier, de la veille. Nous apprenons de l’hôtesse qui nous rendra visite, que les deux jours précédents, plus de 20 personnes ont fréquentés l’auberge. Preuve, que nous nous trouvons dans un creux de fréquentation du camino primitivo. Après ce magnifique plat de pâte qui nous remet d’attaque, nous avalons les 7 Km restant sans problème, pensant qu’à Castroverde nous trouverons la pension décrite dans notre guide de voyage. Que nenni ! Nous apprenons par les autochtones que celle-ci se trouve en réalité à plus de 2 Km de Castroverde. A bout de force, nous téléphonons donc à notre hôte qui vient nous chercher en voiture en moins de 5 minutes.

Il nous emmène dans son antre, un grand centre de vacances désert. On sent que celui-ci a connu des jours meilleurs et nous comprenons l’empressement du propriétaire pour venir nous chercher. Nous dînons toutefois fort bien, comme depuis le début du voyage, de pimentons, tortilla, ensalada verde et viande grillée au goût incomparable. Il me faut d’ailleurs dire que dans ces régions du nord de l’Espagne, la plupart des produits de bouches sont encore relativement du crus, de saisons et fermiers. Pour combien de temps encore ?

Devant ma jubilation gastronomique, notre hôtesse se prend à me servir 3 fois de viande et bien évidemment je passe encore une nuit dans les toilettes de notre gîte.

L’étape suivante doit nous amener à Lugo, une ville de la taille d’Oviedo et de Santiago. Une ancienne cité jacquaire aux murailles intactes, les seules préservées entièrement en Europe, longue de 2 Km et classées au patrimoine de l’humanité.

Pour la première fois, l’étape me semble mentalement très fatigante et donc physiquement aussi. Je peine à marcher et une grande lassitude me pèse sur les épaules. Les derniers Km qui grimpent parmi la banlieue de Lugo, dans un style très montmartrois, mais délabré, me paraissent une éternité

 

Après avoir « poussé » la porte de Santiago, porte d’entrée au Moyen-âge des pèlerins dans la vieille ville, nous optons pour l’auberge communale où le concierge fort sympathique nous raconte toutes sortes d’histoires sur les voyageurs qui ont dormis dans « son » auberge. Nous rencontrons également ce jour là, une allemande un peu Ari Krishna assez originale de l’âge de Hortz et à qui d’ailleurs nous proposons de se joindre à nous pour le verre que nous irons prendre sur la grand place de la ville avec son compatriote puisque nous l’avons retrouvé par hasard dans les rues de la cité.

Gaie confusion

Le lendemain nous réalisons l’étape avec deux nouveaux pèlerins, deux hommes trentenaires qui terminent leur pèlerinage entamé 3 ans plus tôt. Un petit malentendu comique nous pousse à croire qu’il s’agit comme nous d’un couple, mais il s’avéra plus tard que l’un d’entre eux est marié avec enfant. Toutefois, nous nous plairons à imaginer qu’il s’agit de deux amants qui chaque année, n’ont que le pèlerinage de Compostelle pour seul refuge de leur amour illicite. C’est sans doute sûrement faux, quoi que pour l’autre, nous ayons toujours de sérieux doutes,  mais cela nous faisait bien rigoler d’imaginer cette histoire. Nous terminons l’étape à 4 et dînons gaiement (c’est le cas de le dire !) dans le gîte de campagne où un vieux célibataire nous accueille avec sa gastronomie rustique mais excellente.

Du camino primitivo au chemin français

L’étape suivante nous amènera à rejoindre pour la première fois le chemin français et à ne plus le quitter jusqu’à Santiago. Quoi que notre concierge sympathique de Lugo, nous fera remarqué qu’en réalité c’est le chemin français qui rejoint le chemin primitif puisque celui-ci a la primeur d’être le chemin d’origine.

Toujours est-il qu’à Melide, nous percevons tout de suite, le changement de tonalité. L’auberge dans laquelle nous logeons est une usine à pèlerin, rien à voir avec les anciennes petites écoles transformées en alberge, où l’hôtesse nous accueille comme si nous étions les numéros 220  et 221. L’eau de la douche est froide et la propreté laisse à désirer. Le nombre de pèlerins est considérable et nous laisse un peu perdues comparées à la presque solitude du camino primitivo.

 

 

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Une marche parfaite

Notre avant-dernière étape est de près de 35 Km, de Melide à Santa Irene. Comme nous redoutons les rumeurs d’auberge complète très rapidement en début d’après-midi sur le chemin français, nous nous réveillons plus tôt que d’habitude à 5h45. Grand bien nous a pris, puisque c’est l’heure à laquelle la très grande majorité des pèlerins se réveillent dans cette………… d’auberge. Quelle horreur ! J’ai passé la pire nuit depuis notre départ d’Oviedo, mis à part mes problèmes de santé, dans cette auberge de Melide où je commence nettement à comprendre la différence par rapport au chemin primitif et à apprécier également notre choix si judicieux pour cet itinéraire. J’ai du à peine dormir 2 ou 3 heures, nous retrouvant dans un grand dortoir où 5 à 6 papy avaient, malheureusement élu domicile. La nuit fut pour de nombreuses personnes « normales » du dortoir, un calvaire. Jamais je n’avais entendu un tel concerto de ronflements, jeux de langue, pets et autres expressions sonores corporelles que cette fameuse nuit à Melide. Pour rajouter à ces joyeusetés, mon papy à moi, celui qui dormait en dessous de mon lit, semblait se battre avec des ennemis imaginaires pendant toute la nuit, au vu des tangages répétés du lit superposé.

Bref, une nuit de rêve ! Au petit matin, nous devisions d’ailleurs avec une autre camarade de chambre qui avait passé la même nuit de merde que moi et venait de terminer celle-ci par l’écoute d’un pet mélodieux de plus d’une minute de l’un de nos papys ronfleurs.

 

Dès le début de cette étape, nous rencontrons et dépassons de nombreux groupes de pèlerins, ce qui nous change fortement de nos étapes antérieures solitaires. Nous adoptons très rapidement un rythme d’enfer qui nous fait dépasser toutes les personnes parties ce matin avant nous. La perspective de ne plus trouver d’endroits pour dormir ce soir avec plus de 30 Km dans les pattes, nous donne des ailes. Autre différence avec le chemin primitif, le nombre de bars que nous rencontrons sur notre route augmente considérablement, ainsi que les habitations. Dans notre course, nous prenons toutefois le temps de nous apercevoir de la valeur de certaines personnes croisées en cours de marche. Nous tombons sur un groupe de 4 amis rencontrés la veille à l’auberge, dont l’un deux n’a plus qu’une jambe et réalise l’exploit extraordinaire de parcourir le chemin de St Jacques sur 2 béquilles et sa seule jambe. Je ne puis m’empêcher d’admirer cet homme, mais également ses 3 amis qui vont à son rythme et le soutiennent. J’ai l’intuition qu’il veut prouver qu’il n’est pas un homme différent et que malgré son handicap, il peut réaliser les mêmes choses que les autres. Il me semble qu’il transcende son handicap plus qu’il ne veut le faire oublier. Un peu plus tard, c’est plusieurs dames d’un âge certain que nous croisons. L’une d’elle à qui, comme à l’accoutumée, nous souhaitons “buon camino”, dégage de son sourire, une joie et une grande paix intérieure, malgré le poids du sac et les Km accumulés. Pour ces personnes et certainement pour bien d’autres, leur motivations et motifs sont encore bien différents des nôtres. Il s’agit d’un véritable dépassement de soi qui doit être animé d’une foi profonde dans les raisons d’accomplir le chemin de Saint Jacques.

Après notre repas au bord d’une fontaine, d’un pain de campagne et du merveilleux jamon espagnol, nous entamons les 10 derniers km. A un certain moment, pour une raison qui m’échappe et malgré une cadence déjà bien soutenue, nous accélérons encore le pas, Mu et moi, jusqu’à atteindre l’espace de quelques Km seulement, mais quelques Km de grâce, une marche parfaite. Nos pas sont si semblables qu’un rythme bien distinct et rapide s’en dégage et pendant un instant, notre marche à 2 devient une danse fiévreuse et harmonieuse. Aucun faux pas ne semble rompre cette marche parfaite, jusqu’au décrescendo final pour raisons de fatigue avancée, 2 ou 3 Km avant notre but du jour. Ceux-ci sont d’ailleurs pénibles à terminer, mais nous arrivons tout de même à 14h avec une moyenne de près de 5 Km/h réalisé sur 30 Km de marche. Notre meilleure étape.

Après plus d’une semaine d’un temps gris et frais, nous profitons enfin du dieu soleil qui a eu l’amabilité de nous rappeler aujourd’hui pour les derniers jours à venir, à son bon souvenir. C’est le moment que choisit Hortz pour apparaître, le visage encore plus marqué que d’habitude. Il nous raconte son périple des jours précédents et faute de logement, il avait du faire près de 50 Km en une journée alors qu’il avait plu abondamment. Aujourd’hui, il semble vouloir réitérer l’exploit jusqu’à Santiago. Me sentant légèrement coupable de ne pas lui avoir donné les informations nécessaires pour lui éviter les 50 Km afin de l’éviter lui, et prise de pitié pour sa gueule de pauvre chien errant, je lui propose de rester dans cette auberge où il reste 2 places et de lui prêter nos sacs à viandes respectifs. Il accepte au grand dam de Mu qui voulait passer une dernière soirée romantique avec moi avant notre arrivée à Santiago et voulait réaliser la dernière étape seule à seule pour profiter pleinement de ce moment de bonheur. Je me rends compte alors de l’énorme bêtise que ma connerie de culpabilité toute judéo-chrétienne m’a fait faire, mais un peu tard. Comme j’avais remarqué à côté de l’auberge un barbecue et des tables en pierre à proximité, je propose de me faire pardonner en allant chercher 3 Km plus loin, toute la nourriture nécessaire pour un barbecue et d’inviter toutes les personnes que nous connaissons dans l’auberge. Mon amour pour Mu est si fort, que je souhaite soulever des montagnes pour lui rendre son sourire. Juste quelques litres de bières, vin, kg de viande, tomates et salades sont suffisant pour réaliser cette mission. Le repas est un régal et nous passons une soirée fantastique autour de ce barbecue improvisé avec Hortz, les 2 sévillans faussement pédé et Marga, l’allemande Hari-Khrischna que nous avions retrouvé à Santa Irene. Tellement parfaite d’ailleurs, qu’à 22h, Hortz décide de poursuivre le chemin jusqu’à Santiago en suivant la voie lactée au-dessus de sa tête et d’arriver en plein milieu de la nuit. Nos 2 espagnols le prirent bien évidemment pour un cinglé, mais nous, nous avions l’habitude chez lui de ce genre d’excentricité. Mu est plus que ravie de cette décision et moi également, persuadée à présent que notre envie de partager l’aventure du lendemain à 2 sera comblé. La nuit est bien meilleure  puisque aucun musicien ronfleur ne vient perturber notre sommeil.

Santiago de Compostella

 

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Ce 25 juillet 2007, journée de la Galice et fête de Saint-Jacques, est le jour de notre but final, l’arrivée au pied de la cathédrale de Santiago.

Nous partons donc très excitée à cette perspective, d’un bon pas, mais très vite, l’effort important de la veille me rattrape et je suis heureuse de croiser le premier bar après 10 Km. Malgré le fait que  seulement 23 Km nous sépare de Santiago, la marche est pénible pour moi et je suis même prise, l’espace d’un instant, de mauvais sentiments à l’égard de Mu, du chemin et de la vie en général. Est-ce la tentation du diable pour me détourner de mon but final et rompre l’état de grâce qui nous avait touché pendant 2 semaines ? Je ne sais. Je préfère demander une pause à Mu qui me la concède bien volontiers, un peu lassée sans doute de me tirer aujourd’hui tout le long du chemin. Celle-ce me fait le plus grand bien, puisque la sensation ressentie quelque temps auparavant, s’éclipse vite devant la perspective de toucher au but. 5 Km avant l’entrée dans la vieille ville, nous parvenons à Montjoie, lieu dit, nommé ainsi car dans les temps anciens, c’était la colline d’où les pèlerins français s’effondraient de joie, à la vue des tours de la cathédrale au loin. Ils étaient heureux d’être arrivé vivants après un si dangereux voyage. Aujourd’hui, de cathédrale, nous n’en apercevons pas la moindre pierre et c’est au pied d’un affreux monuments érigé à la suite de la visite du pape Jean-Paul II en 93, que nous voyons l’horrible banlieue moderne qui nous cache tout à fait la ville ancienne, écrin où sertit la cathédrale de Saint-Jacques. Cependant, cette vue nous suffit déjà amplement et nous entamons joyeusement la descente vers la cité. Après 2 Km, nous tombons sur la première plaque nous annonçant que nous nous trouvons bien à Santiago. Photo. Ensuite, un point d’info nous procure un plan qui nous sera nécessaire pour déambuler dans les rues étroites de la vieille ville et enfin le premier panneau qui nous indique l’objectif à atteindre. Je suis exténuée et mes pieds me font très mal, à tel point que Mu est obligée de porter mon sac sur plusieurs mètres, mais à l’entrée de la Porta del camino qui marque le début de l’antique localité, je suis comme transcendée et portée par une force nouvelle. Je prends le bras de mon amour et nous reprenons notre marche parfaite de l’autre jour tout en descendant par les vieilles ruelles. Je me sens comme dans un rêve, je ne remarque même pas la beauté des lieux, l’architecture délicate et l’absence de tout modernisme dans les constructions. Tout mon être n’est plus tendu que par cette arrivée tant désirée. Un sentiment me prend la gorge et je commence à sangloter. Juste avant le dernier tournant, nous nous engageons, toujours en cadence, par un petit tunnel où comme pour annoncer notre arrivée, 2 musiciens jouent un air celtique sur leur instrument typique de Galice.

Secondes d’éternité

10. Sortie du tunnel. 9. Soleil de plomb sur la place principale. 8. Une foule très nombreuse s’y presse. 7. Slalom entre les différentes personnes qui se dressent sur notre chemin. 6. Regards levés. 5. Ma main dans la tienne. 4. Statues de Saint-Jacques. 3. Coquilles de pierres. 2. Vue générale de la cathédrale de Santiago. 1. Arrêt. 0. Eclat final. Partout, tout autour, dans les voix des pèlerins et touristes autour de nous, dans la lumière forte du soleil, dans mes yeux mouillés, dans la pierre jaunie de la cathédrale et surtout, surtout, dans ma tête et dans mon cœur. Tu ressens la même chose et nous fusionnons dans une seule et unique énergie, nos larmes dans nos cous. Plaisir immense. Bonheur pur. Quelques secondes d’éternité dans tes bras. Toute cette joie ressentie par des millions de pèlerins du monde entier depuis des siècles, dans ce seul instant fugace d’intimité intense entre toi et moi. Point final de nos 2 semaines de parenthèse, d’une vie soumise à la modernité, à la compétitivité, à la vitesse où sur le chemin de Saint-Jacques tout cela n’avait plus de sens. La vie y coule ici au simple rythme de nos pas, au battement de nos cœurs et où l’on ressent des joies élémentaires car les attentes le sont également. Trouver un toit pour dormir, manger à sa faim, se reposer, soigner son corps, avoir de l’eau chaude et être ouvert à la rencontre.

Ce qui m’a le plus étonné dans cette aventure, c’est le plaisir intense retiré de ces simples choses. Sur le chemin, ces besoins de bases, largement comblés dans la vie moderne comme jamais dans l’histoire de l’humanité auparavant, nous procure des joies oubliées car c’est de l’alternance qu’elles viennent. D’un très grand effort, d’une marche dure de plusieurs heures avec 10 kg sur le dos, tout prend une saveur décuplée. Les simples repas de pain et de fromage ne m’ont jamais semblé être autant des festins de roi. L’eau chaude sur mon corps, du miel dans ma gorge. Le sommeil, une véritable reconstruction du corps et de l’esprit. Et dans cette alternance de moments durs et de bonheurs simples du corps et de l’esprit, mon cœur s’est ouvert comme jamais. Dans ce rythme lent de la vie, a suivi le rythme de mon cœur et il s’est tourné tout grand vers toi comme le tournesol vers le soleil.

 

Je comprends mieux à présent pourquoi notre société en veut toujours plus, toujours plus grand, toujours plus vite et plus fort, toujours plus de divertissement. Tous les besoins de bases et même davantage, sont si remplis, au point qu’ils débordent d’exagération, que nous avons besoin d’aller chaque jour encore plus loin pour tenter de ressentir cette joie, de se sentir tout simplement vivant. Mais ces loisirs ne sont que des illusions car il nous coupent de nous-même et les uns des autres et par delà, ils ferment nos cœurs et nos esprits.

Retour en arrière

Flash : ton regard intense. Première borne indicatrice. Petite dame qui du fin fond de son bled asturien rencontre le monde entier. Ta main chaude dans la mienne. Découverte du système de la vie. Premier mosto sur le chemin. Montées infernales. Rencontre avec Hortz. Pause au sommet de cette montagne où nous proposions du chocolat à tous les pèlerins. Arrivée tout en haut d’un col dans les Asturies, bonheur intense. Ma fuite devant un énorme nounours et ton fou rire à son souvenir. Tes baisers mouillés. Lever du soleil sur la lande. Anecdote des puces et araignées du chemin français attaquant cette sévillane un peu dingue rencontrée à Borros. Cette dame de la casa Hermania qui t’a chaleureusement touché le bras et nous a interpellé du bout de son incroyable bar-restaurant-épicerie d’un joyeux « Olà peregrinos ». Bouffée de bonheur dans le cabinet de la physiothérapeute en t’attendant. Découverte de la « 1906, grande cuvée ». Nos fous rires. Risque d’abandon. Migraine épouvantable dans cette montée vers Grandas de Salime. Soins de ces 2 femmes médecin et infirmière, si humaines. Sentiment d’euphorie en fin de migraine. Ton courage malgré la tendinite. Rencontre de 2 retraités dynamiques en vélo. Vieille dame en noir assise contre les pierres chaudes de la petite église du hameau au milieu des montagnes asturiennes. Seules pendant plusieurs heures dans cette auberge de la Mesa. Douche chaude sur ma peau. Rencontre avec le Nouveau Zélandais albinos globe trotteur. Ton petit bouquet de fleurs sur mon sac de couchage. La rosée du matin qui nous mouillait le pantalon jusqu’aux cuisses. La marche parfaite. Musée à Grandas. Cordonnier à Fonsagrada. Les ronfleurs de Melide. Rencontre avec l’Allemande Hari-Khrischna. La pluie sur le chemin. Arrêt dans ce monastère en ruine. Ma déclaration d’amour. Les forets de Galice. Nos massages de pieds. Nos cafés du matin. Ta peau. Le temps arrêté au pied de la cathédrale de Santiago et ce sentiment de complétude immense. Prière dans la cathédrale pour le chemin parcouru et les gens rencontrés devant la sépulture de Santiago. Fin du pèlerinage.

De Saint-Jacques à Saint-Josse

Bruxelles, le 8/08/07.

 

En ce jour, j’assiste à la messe quotidienne dans ma commune de Saint-Josse. Sentiment oublié de l’odeur des messes de mon enfance. Après la célébration, je demande au prête de bénir deux petites médailles de Saint-Jacques pour mes parents, ce à quoi il procède avec joie. Au sortir de l’église, au dernier vitrail, je me retourne par hasard et découvre une représentation de mon Saint-Patron, Saint-Josse. Dans sa main droite un bâton de pèlerin et le bourdon. A son épaule, la besace du voyageur et sur son cœur… une coquille de Saint-Jacques !